La deeptech franco-suisse annonce une levée de 4.5 M€ en pre-seed, co-menée par Episode 1, Asterion Ventures et Norrsken Evolve, après son lancement chez Entrepreneurs First. Objectif : déployer une flotte robotique autonome capable d'opérer en continu sous la mer, au service de l'énergie, du climat et de la sécurité maritime.

L'océan, dernier angle mort opérationnel

L'océan couvre 70 % de la planète et reste pourtant l'un des territoires les moins instrumentés au monde. Nous cartographions mieux la surface de Mars que nos fonds marins. Nous savons en temps réel quand un satellite dévie de quelques mètres, mais pas ce qui se passe sur un câble sous-marin à 80 km des côtes, celui-là même qui transporte 95 % de nos communications internationales.

Cette asymétrie a une explication : il fallait sortir les humains de l'équation. Dans l'espace, nous l'avons fait très tôt, faute d'alternative. Dans l'océan, nous avons maintenu un modèle reposant sur les bateaux et les équipages, parce que c'était possible.

Ce modèle arrive en bout de course. 80 à 90 % des coûts d'une inspection sous-marine sont aujourd'hui absorbés par le navire et son équipage. 600 000 postes offshore resteront non pourvus d'ici 2030. Et les besoins explosent : éolien offshore, câbles de données, pipelines, ports, surveillance d'infrastructures critiques.

Une technologie héritée de l'espace

Bubble Robotics opère à partir de Paris, Zurich et San Francisco. L'équipe fondatrice réunit des ingénieurs passés par la NASA, l'ETH Zurich et Entrepreneurs First :

Ils se sont entourés d'ingénieurs spécialistes des environnements GPS-denied, de l'autonomie embarquée et des systèmes longue durée, issus de la NASA, de l'ETH Zurich et d'équipes de recherche en robotique de pointe.

Ce parcours n'est pas anecdotique. « Envoyer quelque chose en mer, c'est presque comme l'envoyer dans l'espace », résume Patricia. Les deux environnements posent exactement le même problème d'ingénierie : impossibilité d'intervenir physiquement, conditions extrêmes, autonomie énergétique indispensable, données rares et coûteuses, latence de communication.

Les équipes qui ont appris à faire opérer des machines sur Mars ou en orbite possèdent la grammaire exacte dont l'océan a besoin.

Le produit : une constellation sous-marine

Bubble Robotics développe une plateforme de physical AI combinant robotique autonome, perception embarquée et traitement de données par IA.

Concrètement, une flotte de petites stations autonomes reste en mer plusieurs mois d'affilée :

Le tout opéré en robotics-as-a-service : l'industriel ne paie plus un navire, un équipage, un CAPEX. Il paie une capacité opérationnelle continue, au dixième du coût actuel.

Trois verticales, trois urgences

Énergie et infrastructures offshore Inspection continue d'actifs critiques (fondations, câbles, pipelines, turbines) sans navire ni équipage. Monitoring structurel, cartographie millimétrique, inspections non destructives, à une fréquence inatteignable avec le modèle actuel.

Climat et biodiversité Accès à une donnée environnementale persistante, aujourd'hui quasi inexistante. Cartographie benthique, photogrammétrie, suivi des écosystèmes, quantification du potentiel de capture carbone. Bubble permet de mesurer, comprendre et piloter les dynamiques océaniques dans la durée.

Sécurité maritime et défense « Des câbles sont coupés entre les pylônes d'éoliennes offshore. Cela arrive. On ne sait pas comment, on ne sait pas quand. » Le constat de Patricia est brutal. Bubble passe d'une surveillance ponctuelle à une présence sous-marine continue : détection d'anomalies acoustiques, identification d'engins non explosés, protection d'infrastructures critiques, surveillance portuaire.

Une traction déjà là

Avant même le closing, Bubble a signé plus de 4 M$ de lettres d'intention. Un premier pilote est prévu au port de Barcelone dès janvier pour dérisquer les briques d'autonomie et de localisation sous-marine. La V2 offshore, intégrant propulsion et retour en cas d'urgence, est prévue pour l'été.

Les premiers clients se répartissent sur trois segments : ports et marinas, acteurs de la biodiversité et de la restauration marine, et, en cible principale, les opérateurs d'éolien offshore. Des discussions sont également en cours avec plusieurs entités publiques européennes, notamment dans le champ de la défense française.

Pourquoi nous soutenons Bubble Robotics

Chez Asterion, nous investissons dans une IA qui opère dans les contraintes du monde réel.

Avec Living Models, nous soutenons une IA qui lit le code source du vivant. Avec Darwin Data, une IA qui rend visibles les risques que la nature fait peser sur les entreprises. Avec Bubble Robotics, nous investissons dans une IA qui opère physiquement dans l'un des environnements les plus hostiles de la planète.

Ce qui nous a convaincus, c'est la lecture stratégique du moment. Il y a soixante ans, l'espace est devenu stratégique parce que nous avons décidé d'y envoyer des constellations. L'océan suit la même trajectoire, sous la pression conjointe du climat, de l'énergie renouvelable et de la sécurité européenne.

À l'image des satellites, Bubble déploie une constellation sous-marine, des « cubesats des mers » selon les mots de Patricia, capable d'observer l'océan en continu et de construire le world model le plus avancé des fonds marins.

L'océan est le nouvel espace. Le chantier commence maintenant.

Bravo à Patricia, Jean et à toute l'équipe Bubble Robotics.

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