Living Models lève 6,5 M€ pour construire les modèles de fondation du vivant

La startup franco-américaine annonce un tour de table seed de 6,5 M€, co-leadé par Asterion Ventures, Galion.exe et GrainCorp Ventures, avec la participation de Pascual Innoventures, Kima Ventures, Station F et Exponential Impact.

La startup franco-américaine annonce un tour de table seed de 6,5 M€, co-leadé par Asterion Ventures, Galion.exe et GrainCorp Ventures, avec la participation de Pascual Innoventures, Kima Ventures, Station F et Exponential Impact.

L'objectif : développer des modèles de fondation entraînés sur l'ADN, l'ARN et les données multi-omiques pour accélérer la sélection variétale et, à terme, décoder le vivant dans son ensemble.

L'IA appliquée au langage du vivant

Tout être vivant sur Terre fonctionne avec le même code : l'ADN code l'ARN, l'ARN code les protéines, les protéines codent le phénotype. Living Models entraîne des réseaux de neurones sur ces séquences biologiques, en utilisant la même architecture transformer qui a propulsé les grands modèles de langage.

La différence : au lieu d'apprendre à partir de texte humain, les modèles apprennent à partir de séquences génomiques. Ils développent des représentations du vivant qui peuvent ensuite être spécialisées pour des applications concrètes, de la découverte de traits à la sélection variétale.

L'entreprise entend suivre les données partout où la découverte fondée sur les séquences est freinée par des méthodes empiriques lentes, que ce soit en agronomie, en biologie marine ou en santé humaine.

BOTANIC : premiers résultats

Le premier modèle de Living Models, BOTANIC, a été entraîné sur 43 espèces végétales représentant plus de 60 milliards de paires de bases.

Les résultats publiés dans un rapport technique sont nets :

  • des performances comparables à celles d'InstaDeep (rachetée par BioNTech pour 680 M$, plus de 100 M$ levés) et de Cornell sur 22 tâches de benchmark standard,
  • un entraînement réalisé sur seulement 8 GPU NVIDIA H100,
  • des améliorations constantes avec l'augmentation de la taille du modèle (jusqu'à 1 milliard de paramètres).

Le financement annoncé permet d'accéder à un cluster dédié de 120 GPU NVIDIA B200 : un saut d'un ordre de grandeur en capacité de calcul, que l'entreprise compte traduire directement en modèles plus larges et en précision prédictive accrue.

Pourquoi commencer par l'agriculture

Le marché mondial des semences pèse 55 milliards d'euros. Il est dominé par une poignée d'acteurs (Bayer, Corteva, Syngenta, BASF, Limagrain) qui dépensent collectivement 7,5 milliards d'euros par an en sélection variétale, avec des méthodes inchangées depuis soixante ans.

Le constat est sévère :

  • huit ans en moyenne pour créer une nouvelle variété,
  • des gènes de résistance aux pathogènes contournés en trois à cinq ans,
  • des gains de rendement de 1 % par an, insuffisants face à la demande alimentaire de 2050,
  • la canicule de 2024 a réduit les rendements du blé français de 15 %, plus de 2 milliards d'euros de pertes.

BOTANIC compresse le cycle de sélection à deux-trois ans en réalisant des prédictions de caractères par voie computationnelle. Le modèle ne remplace ni le laboratoire ni le champ, mais intervient en amont, là où les sélectionneurs variétaux choisissent parmi des milliers de croisements possibles, pour concentrer l'effort sur les pistes les plus prometteuses.

Au-delà de l'urgence, l'agriculture présente des avantages structurels pour une entreprise de modèles de fondation : aucune restriction de type GDPR ou HIPAA sur les données génomiques végétales, une réglementation qui n'intervient qu'après démonstration d'efficacité, et un cycle de validation rapide (trois à six mois sous serre, contre plus de dix ans pour un essai clinique).

Une équipe franco-américaine

L'entreprise est née entre Paris et Berkeley. Les cofondateurs réunissent géographies et disciplines :

  • Cyril Véran (CEO) : UC Berkeley, serial entrepreneur en agtech, ancien fondateur de Smart Farming System,
  • Léonard Strouk (CTO) : normalien, recherche en biochimie à UC Berkeley et NYU, fondateur d'une précédente entreprise d'IA générative,
  • Bertrand Gakière (VP Biology) : Université Paris-Saclay, expert en physiologie végétale et métabolisme.

L'équipe technique comprend des docteurs issus d'Owkin (spécialiste parisien de l'IA appliquée à la découverte de médicaments, plus de 300 M$ levés), du Huawei Noah's Ark Lab, de Datadog, de Mila et de l'École normale supérieure.

Pourquoi nous soutenons Living Models

Dans notre dernier essai AI for Life, nous posions un cadre : l'IA doit être financée dans les limites du monde vivant. Living Models en est l'illustration la plus directe.

Ce qui nous a convaincus, c'est la lucidité de l'approche. L'équipe ne survend pas sa technologie. Elle sait que le vrai défi n'est pas de construire un modèle plus gros, mais de gagner la confiance des semenciers et de s'intégrer dans leurs cycles de travail.

L'adoption par les grands groupes prendra du temps. Mais l'approche est scientifiquement solide, l'équipe a la profondeur technique pour l'exécuter, et le besoin est là.

Chez Asterion Ventures, nous investissons dans l'IA là où elle renforce les systèmes qui soutiennent la vie. Living Models construit une infrastructure capable d'accélérer la sélection variétale face au changement climatique, de réduire la dépendance aux intrants chimiques, et demain de s'étendre à d'autres domaines biologiques.

Un projet ancré dans la recherche française, avec une ambition mondiale. Nous sommes fiers d'accompagner cette équipe.

En savoir plus : livingmodels.ai

Rapport technique : disponible sur BioRxiv

Modèles BOTANIC : disponibles sur HuggingFace